Culture, Sur la Toile

Thierry Lermitte, corsaire au nom de Sa Majesté Sarkozy 1er

Logo du site de téléchargement The Pirate Bay

Hadopi, tout le monde le sait, vise à défendre la pauvre petite industrie des Majors (la grosse industrie du show-business) contre le piratage (quelle horreur!), c’est-à-dire le téléchargement gratuit de films, musiques, etc. Bon. Sauf que comment on peut savoir qui a téléchargé quoi? Deux moyens sont possibles. Le premier consiste à tendre des pièges aux pirates : on créé de toutes pièces un fichier, on le met en téléchargement, puis on attend de voir quelles adresses ip (identifiants d’un ordinateur sur le réseau) le téléchargent. A partir de là, on peut se dire que le possesseur de cette adresse télécharge illégalement. Deuxième solution : pénétrer dans le serveur de téléchargement, trouver les adresses ip des téléchargeurs, et, grâce à elles, remonter jusqu’aux ordinateurs qui ont téléchargé pour y trouver les traces de fichiers illégaux.

Quels problèmes? Au moins deux. Le premier est que ces méthodes sont illégales. Tendre un piège pour faire tomber un présumé criminel est interdit en France (pas aux Etats-Unis) ; s’introduire sur un ordinateur sans consentement est illégal (à moins qu’un juge ne le demande, auquel cas la procédure est longue et les enquêteurs doivent avoir plus que des soupçons) partout. Le second est que le gouvernement, loin de confier la tâche de traquer les « pirates » à des forces de police, a chargé un organe privé, TridentMediaGuard, d’exécuter ses basses-œuvres.

Surgissent alors de nouveaux problèmes : la police privée adoubée du consentement de la République, est-ce légal? Certainement pas. D’autant moins que TMG n’a pas légalement l’obligation de subir un contrôle de la part de l’Etat, son employeur, ce qui risque de permettre un nombre incroyable d’opérations illégales de la part de l’entreprise. Ajoutons que, au capital de TMG, on retrouve Thierry Lermitte, qui se considère comme lésé par le piratage et se retrouve ainsi victime et punisseur. Enfin, précisons que TMG a failli à sa politique de confidentialité en mettant en ligne, il y a environ une semaine, toutes les adresses ip des gens que l’entreprise considère des pirates. Bref, c’est une passoire.

Précisons également que, de toute façon, les gros téléchargeurs sont suffisamment doués en informatique pour cacher les traces de leur passage ou emprunter une adresse ip étrangère, et que, en conséquence, TMG ne peut espérer trouver que des petits téléchargeurs, qui ne font pas grand-mal à l’industrie du spectacle. Ce n’est pas un cd par mois qui va les gêner, vu leurs bénéfices. Sauf que vous (nous), pauvres petits utilisateurs (légaux, cela va sans dire) d’internet, vous (nous) pouvons avoir été piratés, et votre (notre) adresse ip utilisée à notre insu ; mais NOUS recevrons les mails et lettres (destinés à faire peur, même si ce n’est évidemment pas le but invoqué, qui est celui de « prévenir ») frappés de notre Laetitia Casta nationale.

Alors que faire? Eh bien… Le meilleur moyen de se protéger de ces intrusions pseudo-légales reste encore… le piratage. Car ce sont les sites de hack qui ont les explications les plus simples et efficaces pour rendre votre connexion plus sûre. Pour résumer, si vous ne voulez pas vous risquer là-bas (vous devriez, on y apprend plein de choses, et une simple navigation privée (disponible dans Firefox) vous empêchera de prendre de trop grands risques), sachez que, déjà, vous devez mettre un mot de passe sur votre connexion. Pour ce faire, allez dans la fenêtre d’administration de votre box, et optez pour un mot de passe WPA2 (à défaut, WPA). Voici un générateur de mots de passe WPA2. Ce n’est pas inviolable, mais c’est mieux que rien. Ca ralentit et décourage.

Ensuite, on peut polluer le réseau avec des adresses ip imaginaires, notamment grâce à seedfuck. Grosso modo, ce logiciel, lorsque vous téléchargez, envoie des milliers d’adresses ip, rééelles ou générées par lui, en les considérant comme des seeders, c’est-à-dire des gens qui partagent des fichiers. Le résultat, c’est que TMG, au lieu de se retrouver face à 450 000 adresses ip par jour (le chiffre est d’eux! Ce qui est magnifique, car c’est certainement beaucoup plus que la réalité, mais aucune étude n’a été vraiment réalisée sur le sujet. Si ca vous tente…), se retrouvent face à 3 000 000, 4 000 000, et plus! Bref, ils sont submergés par le nombre. Légal? Pas plus que de télécharger des films gratuitement alors qu’ils sont censés être payant, pas moins que de produire des fichiers corrompus pour tendre des pièges ou s’introduire dans les ordinateurs de gens suspects.

Pour conclure, rappelons quand même que Hadopi viole à la fois la Constitution française, les règles de base du droit national et international, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Convention Europééenne des Droits de l’Homme. Très fort, pour une seule loi. Pourquoi? Pour ce que j’ai déjà dit plus haut (utilisation de données confidentielles, récolte de données par un organisme privé non contrôlé, pièges, intrusion informatique) mais aussi et surtout parce que les internautes convoqués au nom d’Hadopi devant un tribunal devront prouver qu’ils n’ont pas téléchargé! Autrement dit l’accusé est présumé coupable et doit prouver qu’il n’a pas commis le crime dont il est accusé! Bref, la loi, mais à l’envers.

Et TMG dans tout ça? Eh bien… Un privé chargé par l’Etat de contrôler des opérations illégales avec des moyens qui sont eux-mêmes illégaux… restons dans les termes de piraterie… ce sont des corsaires. Qui se vendent au plus offrant. Reste donc pour le gouvernement à espérer rester le plus offrant… Sur ce, je vous laisse, il faut que je coupe mon accès à internet, pour plus de sécurité.

Addendum : TMG a remporté un BigBrother Award, qui récompense chaque année les entreprises et gouvernements qui se distinguent dans la lutte contre les libertés individuelles dans les domaines technologiques; grâce à Hadopi, la France est désormais classée par Reporters Sans Frontières dans les pays « à surveiller » quant à l’oppression (et la répression) sur internet, au côté de, par exemple, l’Egypte, le Belarus, le Bahreïn ou… la Lybie. Oui oui, vous avez bien lu. La France est comme la Lybie, pour ce qui est de la liberté sur internet. Le rapport est disponible ici.

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À propos de Louis Tarpin

Traducteur indépendant, je voyage et vous propose mes services en freelance. Traduction, relecture, révision, écriture, transcription, d'anglais ou italien en français, je suis à votre écoute pour produire, ensemble, des textes de qualité. Je tiens également un blog de cuisine et de photographie.

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