L'Air Du Temps

Les stylos vengeurs du féminisme

Eve traînant Adam?

Guide de l’étudiantE; il faut respecter les professeurEs; rencontre avec l’auteure X. Voici ce qui vous attend si vous venez à Genève. Pourquoi donc ce sexisme (inversé par rapport à l’image traditionnelle qu’on en a)?

Les féministes sont très actives dans le canton de Genève, et ce depuis longtemps (voir le site féminisme.ch). Et ici, contrairement à beaucoup d’autres endroits, elles ont gagné. On ne peut que se féliciter de cette évolution, en constatant que l’égalité de traitement entre hommes et femmes a été bien plus rapide et aboutie (quoique pas parfaite, évidemment) à Genève qu’en France, alors que les deux sont côte à côte. Cependant, cette évolution, qui s’est imposée aussi par et dans la langue, est assez mal ressentie par une bonne partie de la population, hommes comme femmes (dont moi).

D’abord parce que la convention prescrivant d’écrire, lorsque l’on parle de professions ouvertes à tous, les noms des professions au féminin, viole toutes les règles du français, et qu’aucun(e) linguiste n’a participé à cette élaboration arbitraire. Par ailleurs, pourquoi mettre le « e » final en majuscule? Entre parenthèses, cela serait correct et parfaitement normal.

Ensuite parce que, justement à cause de la structure du français, lorsqu’on dit d’une femme qu’elle est la meilleure des professeures de l’université, on sous-entend nécessairement qu’elle est la meilleure des femmes, pas de l’ensemble des professeurs. Et, n’en déplaise à ces féminolinguistes en herbe, on ne change pas la langue comme ça. Cela prend du temps, et on considère en général qu’il faut, pour qu’une modification de la langue soit justifiée et efficace, qu’elle vienne de l’usage. Or, force nous est de constater que personne n’utilise ces féminins pour toutes les professions.

En outre, il faut bien admettre que les noms de professions récemment féminisés ne sont que rarement très beaux à l’oreille ou à la vue. Qu’on songe à « auteure » (faut-il préférer autrice?), « docteure« , « cheffe« . Ils sont même parfois ridicules ou ambigus (« médecine« , « charcutière« , « marine« , « chauffeuse« ). Ce qui est une des raisons pour plusieurs femmes de ma connaissance (parmi lesquelles une auteur et professeur, elle tient à cette forme, ainsi qu’à son mademoiselle) de refuser de féminiser leurs noms de professions.

Enfin, on constatera ces deux éléments : que le masculin est en fait généralement une forme neutre dans le français; que la féminisation des noms, tout comme le politiquement correct, devient, à l’excès, le contraire de ce qu’on voudrait, et sépare plus encore les femmes des hommes. A l’évidence, si l’on recrute « une professeure« , et non plus « un professeur« , cela signifie que le/la recruté(e) ne peut être qu’une femme, alors que par « un professeur« , tout francophone comprendra instinctivement que chacun peut postuler, quel que soit son sexe. Et si on décide de ne recruter des personnes que d’un seul sexe, alors on est en pleine discrimination, justement fustigée par les féministes. A quand les masculinistes?

D’où cette conclusion : si les féministes veulent persévérer dans cette voie, elles doivent modifier radicalement la langue (ce qui prendra des décennies, puisque l’usage est contraire à cette modification); mais si elles veulent vraiment défendre leur cause, alors elles comprendront que, pour faire progresser l’égalité, il faut admettre aussi les critiques, l’adversité, et ne pas rendre illégal tout ce qui est contraire à elle. Certes, certaines choses sont inadmissibles, comme le fait, pour le même travail abattu, de payer une femme moins qu’un homme. Mais ce n’est pas en payant plus la femme que l’égalité progressera. Au contraire. C’est en créant l’égalité sur certains points qu’on peut permettre l’égalité partout. Si elles continuent ainsi, les hommes risquent de se sentir lésés, et de contrattaquer violemment. Ce qui serait dommageable à la cause féministe.

Mesdames, mesdemoiselles (oui, je tiens à cette forme, malgré toutes vos critiques) les féministes, rangez donc ces stylos vengeurs, et acceptez le dialogue au lieu de punir chaque objection d’une action légale.

PS : que faire des sages-femmes masculins?

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À propos de Louis Tarpin

Traducteur indépendant, je voyage et vous propose mes services en freelance. Traduction, relecture, révision, écriture, transcription, d'anglais ou italien en français, je suis à votre écoute pour produire, ensemble, des textes de qualité. Je tiens également un blog de cuisine et de photographie.

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